21 avril 2010

Lettre à madame Michu


Madame,

je ne vous connais pas mais je vous imagine, la quarantaine et quelques années, tout juste installée au Vésinet où vos enfants font leur scolarité. Lasse après une rude journée, vous feuilletez la "revue" que la mairie a glissé dans votre boite à lettres, un œil sur le programme télé. Ah ! "La ferme Célébrités", on peut zapper.

L’édito de Varèse , vous l’avez survolé. Des mots, des mots encore des mots avez vous songé. Ce maire vous ne l’avez jamais croisé. Jamais rencontré. Il s’affiche dans tous les numéros du magazine municipal mais ne daigne pas aller « en ville ». Même que vous vous êtes dit qu’il doit souffrir d’un handicap pour rester cloitré. La page suivante, la photo d’une adjointe, une blonde lessivée a accaparé votre regard. Celle là vous la connaissez, elle réunit les parents de l’école de la petite dernière. D’ailleurs Mme F. s’est frittée avec elle parce qu’elle refuse de rembourser le trop perçu des tickets de cantine. L’article est mielleux, le style ampoulé, ça suinte le boniment, vous sautez au suivant.

Là c’est du sérieux, on parle du futur de nos enfants, du développement. La mairie est en avance sur son temps, elle traduit l’écologie en actions, même qu’elle a organisé un village écolo sur la place du marché. Sûr que le maire est un mec bien pour financer une telle opération. A propos, combien ça coûte tout ce tintouin ? tout ce déploiement festif, ces invitations, ces tentes et ces animations. C’est un mystère vous n’en saurez rien.

Ça vous agace, et vous sautez de pages en pages, là un long interview d’une blonde platinée « Comment fonctionne le service urbanisme ?» ou tout ce que vouliez savoir et que vous n’avez jamais osé demander. La dame Pierre Perret de l’urbanisme vous en livre tous les secrets mais vous n’en avez rien à cirer. De ces deux pages de propagande il ressort qu’à la mairie tout le monde il est beau il est joli. Et qu’avant c’était tous des nuls.

Ça suffit, d’un geste rageur vous refermez le numéro 11 du magazine .Vous ne sortez ni de l’ENA, ni du MIT, mais vous n’aimez pas être pris pour un "bœuf", la propagande, y en a assez !

La Ferme Célébrités vient de commencer, sur le petit écran s’affichent des blondes, mais oui, Nadine, Françoise, Annie et Josette, pour de vrai !

Madame Michu, je voulais simplement vous dire, je suis désolé, vous qui arrivez au Vésinet, vous ne pouviez pas imaginer que la mairie était un repère de ... Célébrités !

Phénix


4 commentaires:

  1. Moi j'y avai dit à la Germaine qui faullait pas y aller dans son Vésinet. J'y avai dit qu'c'était qu'une bande de blondasses qui pètent plus haut quai zont le troufion.
    A disait : ma si tu verra; ça s'ra rudement ben pour les mômes.
    Ben voila le résultat. Le maire c'est un rital qu'est v'nu faire des entourloupes chez nous. En plus comme i veut faire plaisir a sa femme qui colonisait l'Algérie quand elle était gamine, y a fait un article dans sa revue. Comme ça tous les pieds noirs y sont ben heureux.
    Moi j'y ai dit à la Germaine: on aurait ben meux fait d'rester cheu nous.

    RépondreSupprimer
  2. Ce que m'inspirent les commentaires anonymes:
    Jadis, dans les latrines, on pouvait lire sur les murs des graffitis dans lesquels s'exprimait toute la misère sexuelle du monde. Pas besoin d'une sociologie très appuyée pour saisir ce qui travaille l'âme du quidam au moment de sacrifier aux nécessités des sphincters : on se vide, on se lâche, on éclabousse avec les remugles de son animalité et l'on grave ses cogitations dans le marbre d'une porte en bois... On a les rostres qu'on peut ! Aujourd'hui, cette fonction a quitté les toilettes publiques, désormais entretenues comme un bloc opératoire, pour rejoindre des lieux guère plus recommandables : les commentaires postés au pied des articles sur les sites Internet. C'est en effet là qu'on trouve l'équivalent des littératures de vespasiennes d'hier...
    Internet offre tous les avantages de la lettre anonyme : vite fait, bien fait, caché dans la nuit du pseudonyme, posté en catimini d'un simple clic, le sycophante peut laisser libre cours à ses passions tristes, l'envie, la jalousie, la méchanceté, la haine, le ressentiment, l'amertume, la rancoeur, etc.
    Le commentaire anonyme sur Internet est une guillotine virtuelle. Il fait jouir les impuissants qui ne jubilent que du sang versé. Demain est un autre jour, il suffira de regarder un peu cette télévision qu'on prétend détester mais devant laquelle on se vautre pour trouver une nouvelle victime expiatoire à sa propre médiocrité, à sa vacuité, à sa misère mentale. En démocratie, le mal est relativement contenu.

    RépondreSupprimer
  3. Mr ONFRAY est-il l'impuissant jubilatoire qu'il stigmatise ?

    Son propos ignore une dimension que le Net a apportée à la communication citoyenne, celle du "teasing", comme disent les publicitaires, celle du pseudo ou de l'avatar (pour faire djeune) à l'abri duquel on peut esquisser une critique, une polémique sans risquer de se faire honnir.

    Cette dimension mi fiction mi réelle dont Mr ONFRAY fait largement usage a permis à de nombreux ex-indifférents de faire entendre leur petite musique. Peu d'anonymes le sont réellement et tous sont identifiables comme Mr Onfray ne peut l'ignorer. Mais on ne dévoilera pas son identité.

    Alors encore un peu de courage et vous vous démasquerez.

    Phénix

    RépondreSupprimer
  4. Bonjour,

    Juste une précision : le commentaire signé Michel ONFRAY à votre billet du 21 avril est véritablement, mot pour mot, de Michel ONFRAY.
    Je vous invite à retrouver ces mots en page 24 du MONDE daté "Dimanche18-Lundi 19 avril 2010.
    Je les ai trouvés tout à fait pertinents, et adaptés à 80 % des commentaires que l'on peut lire sur votre blog.

    C'est tout, mais c'est vous qui traitez ce philosophe d'"impuissant jubilatoire".

    Si vous tenez à voir mon nom, vous pouvez le publier, avec l'ensemble de ce message ; je ne crains pas le "honnissement" (excusez le néologisme, mais je voulais reprendre votre terme).

    Plus généralement, je vous invite, vous qui comme moi aimez le "décapant", à lire les ouvrages de Michel ONFRAY.

    Ceci dit, continuez à nous divertir, c'est toujours rafraîchissant.

    Bien cordialement,

    Jean MALPHETTES

    RépondreSupprimer